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Entre 2010 et 2014, «près d’un bien sur dix (appartement ou maison) acquis en Ile-de-France par un étranger l’est par un Algérien»

Selon les statistiques des notaires de Paris, entre 2010 et 2014, «près d’un bien sur dix (appartement ou maison) acquis en Ile-de-France par un étranger l’est par un Algérien».

El Watan le 12.04.15

C’est un livre aux multiples révélations que viennent de publier deux grands reporters français, Christophe Dubois de TF1 et Marie-Christine Tabet du Journal du Dimanche. Paris-Alger : une histoire passionnelle, édité par Stock, sortira demain en librairie en France. Le livre consacre un chapitre aux «affaires» et plus particulièrement aux biens «acquis» ou «mal acquis» par de hauts responsables algériens. On y trouve les noms de la fille de Sellal, de Bouchouareb, Saadani, Brahimi, Cherif Abbas….. Tropisme parisien.

Dans le chapitre «Alger-sur-Seine», le nom de l’actuel ministre de l’Industrie et des Mines, Abdessalem Bouchouareb, apparaît en tête d’affiche de la nomenklatura algérienne parisianisée. «Le 26 juin 2006, Abdessalem Bouchouareb a rendez-vous boulevard Saint-Germain, à Paris, dans une étude notariale de renom. Il vient conclure l’achat d’un bien qui appartient à une famille aisée du nord de la France. L’appartement est situé au 21, quai Montebello, dans le 5e arrondissement, l’une des adresses les plus charmantes de Paris», révèlent les auteurs du livre.

Le ministre, à l’époque des faits, était député RND ; il s’est offert alors deux lots au premier étage, d’une surface de 156 m2, dans un quartier prisé de Paris, d’une valeur de 1 180 000 euros, dévoilent les auteurs. Comment a-t-il pu régler son achat ? Comment a-t-il pu transférer cette somme ? Selon l’acte de propriété et le montage financier, Bouchouareb a payé comptant 580 000 euros. Le solde, soit 600 000 euros, a fait l’objet d’un prêt relais auprès de l’agence lilloise du Crédit du Nord, précisent les auteurs du livre. Aujourd’hui, le bien immobilier du ministre est évalué à plus de trois millions d’euros.

Notre ministre sait visiblement investir, mais en terre parisienne. Quant à l’origine de cet argent, Bouchouareb tente une explication aussi vague que peu convaincante : «Je suis résident en France depuis 1978. Je suis arrivé en tant qu’étudiant, puis j’y ai créé une entreprise. J’ai une activité en Algérie. J’ai mentionné tout cela très scrupuleusement dans ma déclaration de patrimoine aussi bien en tant que député que ministre….» L’actuel ministre de l’Industrie, faut-il le rappeler, est mis en cause dans l’affaire Khalifa Bank. Celui que la secrétaire générale du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune, désigne comme «l’un des porte-parole de l’oligarchie» préfère de loin Paris à Alger.

Il n’est pas le seul, ils sont même nombreux, ces dignitaires du régime algérien, à couler des jours tranquilles en admirant la Seine. Cherif Rahmani en fait partie. A travers une subtile opération et des précautions que seuls les dignitaires d’Afrique maîtrisent, l’ancien gouverneur d’Alger a pu acquérir un appartement au 22, rue Singer, dans le très chic 16e arrondissement, via une société civile immobilière (SCI) constituée le 7 juillet 1997 par Ryda B. (22 ans) et Benyoucef B. (61 ans), deux prête-noms en réalité dont se sert Rahmani, plusieurs fois ministre, pour acquérir son appartement. «Le premier est aide-comptable, employé par un ami de Cherif Rahmani, qui dispose de nombreuses sociétés en France ; le second est son chauffeur.

En 2003, la SCI change de propriétaire pour passer entre les mains de Zoubida Bentahar, épouse de Cherif Rahmani, en tant que gérante ; elle change de nom pour devenir FO-MM, des initiales qui désignent les quatre enfants de l’ex-ministre», dévoile le livre, qui s’appuie sur des documents, mais aussi sur un témoignage. Celui d’un ami à Rahmani, Zaïdi L., originaire de Sétif. «J’ai rencontré Rahmani il y a quarante ans, j’étais étudiant, lui travaillait pour la wilaya d’Alger. Il cherchait un pied-à-terre à Paris et m’a demandé de lui en trouver un. J’avais acheté cet appartement à crédit, je lui ai transféré les parts de la SCI. Ça ne lui a rien coûté. Il a repris le prêt, qui était remboursé par les loyers», raconte cet ami de l’ancien ministre, qui était gestionnaire du restaurant de la Mosquée de Paris.

L’appartement de la fille de Sellal  à 860 000 euros

L’inénarrable secrétaire général de l’ex-parti unique, qui dispose d’un passeport diplomatique et aurait «demandé un sésame pour pouvoir circuler tranquillement en France», est propriétaire d’un appartement dans les hauts lieux de la bourgeoisie parisienne, Neuilly-sur-Seine. «Saadani est bien propriétaire d’un appartement à Neuilly, qu’il utilise lors de ses déplacement en France, mais il est occupé par l’une de ses filles», raconte l’avocat du patron du FLN, maître Jean-Yves Dupeux, qui s’occupe bien des affaires du chef du FLN reconverti. Selon l’acte de vente, «Amar Saadani a entamé en son nom propre les premières démarches avec le vendeur avant de constituer une SCI plus discrète», révèle le livre.

Un autre nom apparaît pour la première fois dans «la fine équipe» des dirigeants algériens ayant succombé aux charmes de la ville des lumières. Il s’agit de celui du Premier ministre, Abdelmalek Sellal. Si aucun bien n’est déclaré en son nom, en revanche «un membre proche de sa famille a investi dans la capitale. Le 27 avril 2007, sa fille Rym, 28 ans à l’époque, achète un appartement sur l’une des avenues les plus chères au monde, les Champs Elysées. Elle se déclare analyste demeurant à Londres. Ce jour-là, elle devient propriétaire de deux studios situés au niveau de la galerie des Arcades des Champs Elysées. Une adresse de prestige.

La vendeuse est une Afghane de 32 ans, consultante fiscale (….). La vente est conclue à 860 000 euros», révèle Christophe Dubois dans son livre. «Le document notarié ne fait apparaître aucun prêt bancaire, mais précise que 50 000 euros ont été versés dès avant ce jour et hors la comptabilité de l’étude notariale», lit-on dans l’enquête menée par les auteurs du livre. Selon les services du courrier de la galerie des Champs-Elysées, Mlle Sellal n’a jamais mis les pieds dans cet appartement, qui serait loué.

La question que se pose l’auteur du livre est de savoir d’où viennent les fonds pour acquérir cet appartement. Une hypothèse : mariée à un homme d’affaires libanais, Ramzy El Asmar, qui travaillait pour une compagnie pétrolière à Londres, la fille du Premier ministre aurait réglé la facture par le biais de son riche mari… Dans ce livre sont mentionnés également les séjours réguliers de l’ancien ministre des Moudjahidine, Mohamed Cherif Abbas, dans la région lyonnaise.

Cet ancien ministre qui traîne la «légitimité révolutionnaire» en bandoulière et se fait passer pour le chantre de l’Algérie indépendante, «se serait installé à Lyon», à en croire les révélations du livre. Ce qui est certain, c’est que la fille de l’ancien ministre réside dans cette ville depuis des années et travaille au consulat d’Algérie. Selon les statistiques des notaires de Paris, entre 2010 et 2014, «près d’un bien sur dix (appartement ou maison) acquis en Ile-de-France par un étranger l’est par un Algérien».

Le livre fait une autre révélation fracassante. Si ce chapitre du livre – «Alger-sur-Seine» – ne cite pas tous les hauts responsables civils et militaires algériens, actifs ou retraités, qui ont une résidence secondaire à Paris, il résume bien cette formule chère au sociologue Nacer Djabi : «Lorsque les responsables algériens prennent l’avion pour Paris, ils rentrent chez eux…»

Farid Bedjaoui, l’argent de l’or noir coule à Paris

Autre figure – vite grillée par les projecteurs dans le sillage du scandale Sonatrach – qui a recyclé l’argent des commissions en France, Farid Bedjaoui, recherché par Interpol. Il est également dans le collimateur de la justice française. «La saisie de son yacht, d’une valeur de 6,6 millions d’euros, et d’autres biens – deux immeubles avenue d’Iena dans le 16e arrondissement et une villa à Ramatuelle – constituent le volet financier d’une affaire tentaculaire qui ébranle le coffre-fort de l’Algérie».

Son complice présumé, Omar Habour, 76 ans, est lui aussi visé par la justice française. Des biens immobiliers lui appartenant, d’une valeur de 6 millions d’euros, ont été saisis. Selon des sources proches de l’enquête, le patrimoine des deux compères s’élèverait à 36 millions d’euros, selon le livre de Dubois et Tabet. Farid Bedjaoui fait également objet d’un mandat d’arrêt délivré par la justice française

Toufik, l’interlocuteur courtisé par les Français

«En décembre 2011, Claude Guéant, alors ministre de l’Intérieur, annonçait son arrivée à Alger. Dans les milieux diplomatiques, l’annonce suscite un certain embarras. Le protocole algérien déclare ne pas être au courant de ce déplacement. Sous couvert d’une visite de coopération, le ministre français veut, en fait, voir le général Mohamed Lamine Mediène, le patron des Services secrets.

Cependant, la manœuvre française passe mal au niveau algérien, qui trouve le procédé désobligeant. Claude Guéant demande à voir le président Bouteflika, qui refuse. ‘Vous avez choisi votre camp’, fait-on comprendre en substance au ministre français.» Bien évidemment, M. Guéant n’a pu rencontrer ni le Président ni le chef des Services.

Cet épisode rapporté dans le livre témoigne en tout cas de l’obsession qu’ont les dirigeants français à vouloir traiter avec le puissant patron du DRS, qui s’est taillé une réputation d’un homme aussi mystérieux que intrigant. «La fonction, le titre, le pouvoir et les relations de Mohamed Mediène en font un interlocuteur prisé.

Claude Guéant avait déjà rencontré le tout-puissant patron du DRS à l’Elysée, lorsqu’il était secrétaire général. Lors d’un de ses déplacements, Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, insista lui aussi pour le voir», révèle Paris-Alger, histoire passionnelle,  qui dresse le portrait du général Toufik selon les témoignages des responsables français qui ont eu «le privilège» de le rencontrer. «Mediène est un taiseux, marqué par la lutte sanglante qu’il a menée contre les islamistes dans les années 1990. Un homme vif, subtil. Il fait partie de la génération des généraux qui ont le sentiment d’avoir sauvé la nation (…).

Il pourrait être votre oncle. Un petit monsieur avec des lunettes. Un papy très posé, fin analyste, mais aussi très respecté : quand il parle, les généraux derrière ne bougent pas, lorsqu’il rit, ils rient…. Les rencontres avec ses homologues étrangers se déroulent dans une vieille résidence coloniale française, sur les hauteurs d’Alger», peut-on lire dans ce livre.

Le Français qui a le plus côtoyé le général Toufik était Bernard Squarcini. «En juin 2007, Bernard Squarcini, passé de la direction centrale des Renseignements généraux à patron de la DST, continue à entretenir le lien entre la France et les Services algériens. Il côtoie Toufik.» Jean-Yves le Drian a été également l’un de ses visiteurs, lors de son déplacement à Alger en 2014. «Les collaborateurs du ministre de la Défense assurent que l’homme continue d’exercer une autorité morale, mais qu’il a tenu discours très langue de bois. Le ministre est ressorti déçu de cette réunion», révèle encore le livre.

Dans leur enquête, Christophe Dubois et Marie-Christine Tabet racontent également que lors de son hospitalisation au Val-de-Grâce, le président Bouteflika avait reçu la visite discrète du président Hollande, de son ministre de la Défense J.-Y. le Drian et aussi de celle du patron de la DGSE, Bernard Bajolet. Ce dernier lui avait offert une boîte de chocolats. Un énorme bouquet de fleurs avait été envoyé en remerciements à la caserne Mortier, siège des Services secrets français. Qui a dit qu’entre le pouvoir algérien et le pouvoir français c’est la guerre ? Derrière le discours ultranationaliste et anti-français des responsables algériens se cache une forte amitié bien soignée. 

La villa Sfindja vendue à Kouninef pour 4,87 millions d’euros

Le milliardaire proche du clan présidentiel, Réda Kouninef, s’est offert la villa Zebboudj appartenant à l’Etat français pour la faramineuse somme de 4,87 millions d’euros.

C’est un décret du ministère français du Budget qui autorise la cession à l’amiable de la villa Zebboudj sise 10, chemin Sfindja. Selon le ministère,cette cession a été approuvée par la Commission interministérielle pour l’immobilier de l’Etat français à l’étranger le 22 mars 2011.

La villa de 250 mètres carrés est construite sur un hectare. Sa vente à ce richissime homme d’affaires – et un des bailleurs de fonds de la campagne de Bouteflika – n’a pas été facile.

Le ministère des Affaires étrangères, qui devait donner son accord, a mis du temps, ce qui été perçu par les Français comme une manœuvre pour bloquer la transaction.

De nombreux responsables algériens auraient été intéressés par cette vente. L’ambassade de France à Alger avait fortement «sommé» le ministère algérien des Affaires étrangères d’accorder rapidement son «autorisation» avant que cette affaire ne fasse scandale.

Une année après, l’Etat français a vendu une autre de ses résidences à Alger, d’une superficie de plus de 1000 mètres carrés, pour plus de 10 millions d’euros à un groupe bancaire privé.

Bouteflika voisin d’anciens combattants de la guerre d’Algérie aux Invalides

L’épisode de l’hospitalisation de Bouteflika au Val-de-Grâce puis sa convalescence aux Invalides a été presque un secret d’Etat pour la France. Elle a mobilisé plusieurs millions d’euros, selon les révélations du livre Paris-Alger : une histoire passionnelle.

«Le transfert de Bouteflika aux Invalides a nécessité des aménagements importants dans cet établissement qui accueille notamment d’anciens appelés français qui ont combattu durant la guerre d’Algérie.

Plusieurs millions d’euros de travaux ont été réalisés pour accueillir le Président et surtout son service de sécurité. Il y a eu des aménagements pour la sécurité du Président, mais rien de dispendieux», selon un ancien ministre.

«Ces dépenses ont été prise en charge par la Présidence algérienne», assure le ministère français de la Défense. Un des administrateurs de l’institution des Invalides témoigne : «C’est un sujet tabou ! Ça choque forcément lorsqu’on sait qui est Bouteflika, ce que représente l’Algérie…

Sa place n’est pas à l’institution nationale des Invalides.» Ironie de l’histoire. Parmi les pensionnaires pris en charge à l’INI, il y avait des anciens combattants de la guerre d’Algérie !

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