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La géopolitique du vaccin

Pour Karine Béchet-Golovko, professeur invité à l’Université d’Etat de Moscou, la concurrence dans le développement des vaccins contre le Covid-19 ainsi que les commandes de vaccins par les gouvernements recoupent les clivages géopolitiques actuels.

Si le développement massif des vaccins au XXe siècle a permis de faire reculer des virus particulièrement mortels, comme ceux de la peste ou de la variole, si la vaccination est depuis banalisée et accompagne notre vie, ainsi allongée, de la maternité à la maison de retraite, ce que l’on observe autour de la mise au point d’un vaccin contre le coronavirus n’a rien de comparable, comme tout ce qui accompagne ce virus. En effet, dès qu’il a pris toute son ampleur politique, les laboratoires et les puissances se sont lancés dans une course effrénée et la top liste des cinq premiers vaccins s’est constituée autour de AstraZeneca/Oxford, Novavax, Sanofi/GSK, de Gamaleya et de Pfizer-BioNTech.

Cette concurrence, sans règle ni loi, a finalement retracé les contours géopolitiques de notre monde : le clan Atlantiste focalisé autour de l’alliance américano-germanique des groupes Pfizer-BioNTech, qui utilise dans son vaccin la technologie de l’ARN messager et est diffusé dans les pays satellites (Union Européenne, Japon, Grande-Bretagne …) ; la Russie, qui a enregistré le premier des vaccins, Spoutnik V, mis au point par le centre Gamaleya. C’est alors que la communication s’est dirigée contre lui, présenté comme inefficace après avoir été déclaré du bout des lèvres comme un fake.

Il est surprenant de voir avec quelle hargne les médias mainstream et leurs «experts» ont immédiatement dénigré ce qui potentiellement était pourtant un moyen de réguler la gravité montrée comme exceptionnelle du nouveau virus-roi du storytelling. Quelle place y a-t-il pour les intrigues politico-commerciales si la santé publique de rien moins que l’humanité toute entière, comme l’on ne cesse de nous le répéter dans toutes les langues et sur tous les tons, est en jeu ? Rappelons comment les Etats-Unis et l’URSS ont collaboré ensemble dans le cadre de l’OMS pendant des années pour lutter contre le virus de la variole, dont le danger pour l’humanité était réel – 300 millions de personnes en sont mortes rien qu’au XXe siècle.

Rien de tel aujourd’hui avec le coronavirus, la proposition de collaboration faite par la Russie a été immédiatement rejetée, ce qui soulève beaucoup de questions. En effet, soit le virus est réellement dangereux, mais cyniquement les intérêts politico-commerciaux sont plus importants que la vie des gens ; soit le coronavirus est un virus parmi d’autres, et ce qui se développe autour de lui n’a que peu de rapport avec les enjeux de santé publique.

Le vaccin contre le Covid est donc bien devenu un instrument de puissance. Dans ce contexte, puisque la Russie se revendique comme pays souverain, elle ne pouvait se permettre de dépendre d’un vaccin étranger et ainsi faire allégeance. Sur le plan sanitaire, chaque pays doit pouvoir être autonome pour soigner sa population et maîtriser la composition des substances qui sont administrées. Les nombreuses réactions allergiques suite à l’injection du vaccin Pfizer-BioNTech en Occident rappellent l’importance de la souveraineté sanitaire des pays. De son côté, la Russie va pouvoir exporter son vaccin, notamment au Brésil, en Biélorussie, etc. la carte des alliances géopolitiques correspond bien à la carte de la provenance des vaccins.

Si le vaccin est devenu un enjeu géopolitique, ce qui est compréhensible dans un contexte international en pleine crise, il a également pris une dimension idéologique, ce qui est particulièrement regrettable. Car, lorsqu’un vaccin ou un traitement devient un élément de régulation sociale, c’est-à-dire contribue à l’organisation des rapports sociaux et de la détermination des droits et des libertés, il perd sa neutralité sanitaire et scientifique pour prendre une ampleur idéologique. Idéologique, dans la mesure où il contribue à la mise en place de la vision d’un monde et d’un homme précis dans ce monde.

C’est exactement de ce que l’on voit apparaître avec le projet de loi déposé en France par le Premier ministre Jean Castex sur la pérennisation du régime de gestion des urgences sanitaires. La formulation est surprenante, car soit il y a une urgence (et par définition elle ne peut être pérenne) qu’il est possible temporairement de traiter de manière exceptionnelle et proportionnée, soit il n’y a pas d’urgence et rien ne justifie la normalisation d’un régime d’exception. Puisque l’argument politique soutenant ces mesures exceptionnelles était que le coronavirus est un virus exceptionnel, pas comme les autres. Alors pourquoi chercher à appliquer un régime spécial et temporaire mis en place pour «un virus pas comme les autres» justement aux autres… car l’intérêt de l’argument sanitaire pour restreindre les libertés est qu’il y aura toujours un virus, donc toujours un fondement, si volonté il y a, pour recourir à l’urgence. La dimension idéologique perce dans ce projet par la vision de la société qui en est induite : les individus «sains» sont libres, car soumis, puisque la présomption de contamination oblige à présenter un document attestant du contraire. Ainsi, pour pouvoir circuler, travailler, c’est-à-dire être un citoyen à part entière pouvant utiliser les droits et libertés qui lui sont octroyés dès la naissance, il peut être demandé, selon la volonté toute puissante du Gouvernement, de fournir la preuve de sa bonne santé par un test, par le suivi d’un traitement ou par la vaccination. Se soigner, se faire vacciner, n’est plus un droit, mais une obligation déterminée par le gouvernement dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire, au nom de ce qui n’est rien d’autre qu’une dictature sanitaire. Car, sans montrer une patte désinfectée, l’accès aux transports, l’exercice d’une activité professionnelle, bref les activités de la vie sociale, peuvent être limités. Dans le cas contraire, tant que la présomption n’a pas été renversée, l’isolement social est envisageable.

En ce sens, le vaccin, en l’occurrence celui contre le coronavirus aujourd’hui, mais tout autre à l’avenir, devient un élément de régulation sociale. Formellement, il n’est pas obligatoire. Mais si vous ne voulez pas être un paria, vous devez vous soumettre. Vous avez le choix, entre la soumission ou l’isolement.

Cette dérive, présente en France, mais également dans les pays, comme Israël, qui mettent en place ce qui en Novlangue est appelé un «passeport sanitaire», autrement dit un document donnant le droit à une vie sociale, ouvre la voie à tous les excès liberticides que l’on a connus, principalement, lors des périodes d’occupation. Et le parallèle, aussi choquant soit-il, prend en fait tout sont sens, car la France, l’Europe, l’Occident qui se revendiquent de l’idéologie libérale, mettent en place un arsenal législatif, légalisant des pratiques déjà existantes, absolument incompatible avec le libéralisme. Si la France ne revient pas vers sa culture libérale, respectant les libertés individuelles, la liberté d’entreprendre, acceptant la possibilité de restrictions proportionnelles au danger réel collectif, soit elle renonce à ses fondements idéologiques, soit elle est idéologiquement occupée. La Russie, qui s’est tournée toute entière vers le libéralisme à la chute des années 90, a plus de réticence à rendre le vaccin – formellement – obligatoire, la dimension commerciale rejoint ici la dimension idéologique : la Russie cherche toujours ce libéralisme, mythe pour lequel elle a détruit l’URSS et renoncé avec excès au socialisme, un libéralisme qui in fine n’existe plus et n’a peut-être jamais existé ailleurs que dans la propagande exportée, avec succès, vers l’est. Sa réticence est, en tout cas, très saine, car quel serait l’intérêt de défendre sa souveraineté, si cela revenait à faire de ses propres mains (avec son propre vaccin) ce que le clan globaliste atlantiste n’arrive pas à faire de l’extérieur ?

Karine Béchet-Golovko Pour RT-français

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