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“Polémique” entre l’im-monde et la Syrie

Appeler la chose “polémique” est lui faire bien de l’honneur tant il semble que toutes les limites imaginables du montage, du mensonge, de la désinformation, de la fantasy-hollywoodienne aient été joyeusement franchies… Ce n’est pas nous qui le disons, puisque nous ne faisons que retranscrire l’esprit des deux premiers paragraphes d’un long texte de Publius Tacitus, un des collaborateurs les plus sérieux du très-sérieux site du colonel Lang, Sic Semper Tyrannis (STT).Publius Tacitus est le nom de plume que se donne ce commentateur éminent de Lang, extrêmement proche de nombreuses sources au sein de l’appareil militaire US.

Ce qui est remarquable dans ces deux premiers paragraphes, outre le constat de la fantasy-hollywoodienne de “D.C.-la-folle” pour nous “interpréter” l’attaque de la nuit du vendredi-13, c’est ce qu’il nous dit de l’état d’esprit régnant dans les forces armées concernées (au quartier-général de Central Command) à l’audition de ce qu’a proclamé leur direction militaro-civile à propos des résultats de l’opération.

« Ne croyez pas un mot de ce que vous avez entendu du Pentagone et de la Maison Blanche au sujet du “succès” des attaques de missiles de croisière vendredi dernier. Un montage de simulacre a été et continue d’être perpétré contre le peuple américain et le monde entier. A franchement parler, le général Mattis [secrétaire à la défense] et le général Dunford [président du comité des chefs d’état-major] se sont déshonorés en acceptant de se prêter cette mascarade.

 Si vous pouviez vous rendre au CAOC (Centre des opérations aériennes combinées) situé à la base aérienne Al Udeid au Qatar et parler aux officiers travaillant pour CENTCOM, vous entendriez un mélange de dégoût, d’ébahissement et de colère de la part de nombre d’entre eux pour commenter l’exclamation du président de “Mission Accomplie”. Et je parle de gens qui ont soutenu le président Trump. Trump, avec l’aide des sycophantes du Pentagone et de l’état-major interarmées, a franchi la ligne du délire de la pensée. »

Restons sur le même site que nous connaissons bien pour son expérience, ses excellentes sources, son absence de passion et sa position générale indépendante mais loin d’être radicalement antiSystème au sens où nous l’entendons. Deux autres textes concernent l’opération et, comme celui de Publius Tacitus, ils épousent en gros la version russo-syrienne des évènements militaires (73 missiles de croisière abattus sur 103, dans tous les cas bien plus de 50% de pertes parmi les missiles de croisière) contre la fantasy-hollywoodienne du Mission Accomplished, 100% de coups au but et aucune perte dans les cruise missiles attaquants dont on pourrait même avancer que 120% à 130% d’entre eux ont atteint leurs cibles.

Des deux autres textes, on retiendra surtout une “note intermédiaire”, une “première impression” si l’on veut du colonel Lang lui-même. Quelques extraits très techniques d’un spécialiste de ce genre d’opérations, qui fait l’hypothèse d’une explication qu’on retrouve chez SouthFront.org concernant le très grand succès de la défense syrienne, – essentiellement grâce aux données de localisation et aux contre-mesures électroniques activées par les Russes.

Lang :  3.) J’ai fait et / ou supervisé de nombreuses évaluations de Bomb Dommage Assesment (BDA). Les dommages montrés dans les trois installations frappées me semblent être adéquats par rapport au nombre de missiles dont les Russes disent qu’ils ont réussi à franchir la défense aérienne.

 4.)Ces installations étaient indubitablement vides lorsqu’elles ont été atteintes par les missiles.

5.) Il me semble peu probable que l’équipement de défense aérienne syrien de l’ère soviétique ait eu beaucoup d’effet sur cette flottille de missiles de croisière. Par conséquent, si la revendication russe semble la plus proche de la vérité, alors quelque chose d’autre a causé les pertes. Je ne suis pas un expert de la défense aérienne, mais il me semble qu’une sorte d’intervention de contre-mesure électronique de la défense aérienne russe avancée (ECM) aurait pu entrer dans le jeu. Commentaires ?»

SouthFront.org a beaucoup travaillé durant ces trois derniers jours et a certainement constitué l’une des meilleures sources sur l’évolution des évènements. Dès que fut connue l’évaluation russe des résultats de l’attaque, avec un taux de perte très élevé des missiles de croisières des trois complices du bloc-BAO, le site a cherché des explications techniques. On verra dans l’extrait d’un de ses textes publiés dès le 14 avril une explication détaillée qui se rapproche complètement de l’hypothèse du colonel Lang.

(De même, l’affirmation de Lang sur l’inoccupation des installations visée, et donc de l’absence de fabrication de substances toxiques, – par ailleurs mise en évidence par des vidéos montrant des personnes marchant près des immeubles touchés et même au milieu de divers débris, – est largement confirmée par un autre texte de SouthFront.org.)

Depuis, cette version de l’intervention de localisation et de contre-mesures électroniques des Russes a été largement reprise. Le 15 avril, l’ancien chef du département des Armements du ministère de la Défense russe, le colonel général Anatoliy Sitnov, a soutenu cette version de l’intervention de guerre électronique des Russes dans des commentaires qu’il a donnés à la chaîne de télévision russe Tsargrad

« …Certains experts contactés par SouthFront ont déclaré que même théoriquement, la SADF [défense aérienne syrienne]n’aurait pas été capable d’abattre plus de 15 à 20% des missiles lancés en utilisant uniquement ses systèmes S-125, S-200, Buk, Kvadrat et Osa. La SADF n’a tout simplement pas les moyens techniques et de localisation permettant d’intercepter un tel nombre de missiles simultanément en une seule vague

 Alors qu’est-ce qui s’est vraiment passé ?

 Les experts ont suggéré que l’armée russe avait peut-être utilisé ses systèmes de guerre électronique (EW/Electronic Warfare) à la pointe de la technologie pour contrer les missiles lancés au cours de leur dernière phase de vol.

 Pendant la plus grande partie de la trajectoire de vol, les directives pour le missile de croisière Tomahawk sont fournie par leurs GPS. Cependant, dans la phase finale, le missile commence à utiliser son système de guidage interne. Pendant cette phase de la trajectoire de vol, le missile est vulnérable aux contre-mesures EW. Les missiles pris en charge par les systèmes EW commencent à dévier de leur route. Leur vitesse diminue considérablement et ils deviennent une cible facile pour les systèmes de défense aérienne ou ils s’écrasent au sol d’eux-mêmes.

 Un autre facteur, qui a “très probablement” contribué à l’efficacité des contre-mesures syriennes, c’est la fourniture par la Russie à l’armée syrienne de données opérationnelles provenant de son réseau de reconnaissance technique, notamment des satellites et d’autres moyens de surveillance. L’Iran a probablement suivi la même procédure. Ainsi, les missiles lancés à partir de la mer Rouge ont été détectés immédiatement et ont été suivis pendant toute leur trajectoire de vol. À l’aide de ces données de suivi, les systèmes de défense aérienne de fabrication russe sont capables d’abattre des missiles de croisière avec une efficacité relativement élevée

Enfin, le même SouthFront.org, continuant sur sa lancée, signale dans un de ses plus récents textes que des sources proches du Pentagone rapportent une réelle préoccupation de la communauté de sécurité nationale US à la suite de cette opération, à cause des conditions et des résultats obtenus. Concrètement, cette préoccupation devrait se traduire par une enquête interne rassemblant toutes les données disponibles provenant de différents services et unités concernés, pour avoir une image fidèle des conditions de cette opération, des pertes, des conditions dans lesquelles ces pertes éventuelles auraient été essuyées, etc.

« Depuis le 14 avril, SouthFront a reçu des indications selon lesquelles les dirigeants militaires américains sont préoccupés par les résultats de leur action contre la Syrie. Des sources informées proches du Pentagone disent que l’armée américaine est sur le point de lancer une enquête interne afin d’avoir une image fidèle de la situation, du nombre réel de missiles qui ont atteint leurs cibles, les causes des dommages mineurs infligés aux cibles par l’attaque et les explications sur la façon dont les forces de défense aérienne syriennes ont été en mesure d’intercepter une partie des missiles en utilisant leurs systèmes de défense aérienne en général de générations dépassées.

 La déclaration du Pentagone selon laquelle tous les 105 missiles ont atteint leurs cibles a en effet provoqué bien des surprises alors même que des vidéos en ligne montrant clairement quelques destructions de missiles interceptés au-dessus de Damas sont disponibles en ligne. (Voir notamment cette vidéo de SouhFront.org.)

 Il est également difficile d’accepter l’interprétation que le ministère russe de la Défense, qui subit une pression médiatique importante de la part des organes de communication occidentaux, ait fait une déclaration dans ce cas stupéfiante sur les 71 interceptions de missiles sans une confirmation précise. (Par exemple, suivi des données des systèmes radar syrien et russe.) »

Nous avons parlé du côté où l’on débat, où l’on tente d’expliquer comment les choses se sont passées, etc. Et puis il y a, selon l’expression de PhG, “l’autre côté du Mur”, pour désigner les autres, les zombies-Système et la valetaille diverse qui les soutient, dont bien entendu la presseSystème et toute sa quincaillerie. Cette image des “deux côtés du Mur” peut aussi bien se transcrire dans une vision entre “monde” et “im-monde”, comme nous suggérons dans le titre, référence étant faite alors à la véritable étymologie du mot “immonde” (immundus, littéralement “hors du monde”, avec mundus dans le sens de “monde”, ou “bon arrangement du monde”, le préfixe im-signifiant “hors de…”).

Du côté du Mur où se trouve l’“im-monde”, le travail de “communication” se résuma donc à une entreprise zélée de copié-collé du matériel de communication provenant du Pentagone principalement puisqu’il était question de quincaillerie. Gilbert Doctorow s’est donc livré hier à un héroïque travail de survol des réactions d’orientation pavloviennes qui ont traversé toute la grande presseSystème du bloc-BAO. Le paysage est uniforme, comme un grand désert de la pensée et du jugement, sans surprise pour quiconque ; ah oui, sauf une exception, dont on ne sait ni le pourquoi ni le comment, venu des informations de la chaîne Euronews qui a consacré un temps d’antenne à peu près égal à l’exposition de la thèse du bloc-BAO et à l’exposition de la thèse russe, dans ce dernier cas sans chercher à déformer ni à dénigrer, – et Doctorow de s’exclamer, comme s’il avait trouvé une rose brusquement poussée au milieu de ce désert-là :

« Sans aucun doute, la plus remarquable dérogation à l’implacable ligne médiatique US que j’ai relevée en Europe hier et aujourd’hui revient à une chaîne de télévision, Euronews. […] Laisser les Russes exposer d’une façon détaillée leur point de vue sur ce qui est arrivé en Syrie sans interférence de leurs propres journalistes [d’Euronews]doit être considéré comme un cas extraordinaire selon le standard d’Euronews elle-même ou de quelque grande chaîne TV d’information en Europe que ce soit, et le public ne peut que lui en être reconnaissant. »

On terminera cette sorte de revue de presse par un extrait d’un article d’une revue de défense spécialisée, l’une des plus importantes aux USA, l’hebdomadaire Defense NewsL’article est le fait d’un des journalistes de l’hebdomadaire assistant à la conférence de presse du Général McKenzie, déjà cité ici ou là, nous annonçant l’éblouissant succès de l’attaque contre la Syrie. L’essentiel de cet article est l’habituel amoncellement de quincaillerie et autres détails des merveilles techniques en action et des effets qu’elles ont obtenus. Il y a tout de même un passage sur les circonstances opérationnelles, avec trois paragraphes, dont le premier consacré à ce très vague « On a beaucoup parlé de l’intensité des systèmes de défense aérienne en Syrie », citant encore plus vaguement « médias russes [et] médias sociaux de la région » (alors que l’information est partie puis a été développée d’abord et très officiellement par le ministère russe de la défense), mentionnant enfin, mais comme terrorisé, comme si cela puait, l’affirmation monstrueusement mensongère (« 70% des armes de la coalition… abattues »), – avant de clore brusquement et par un soupir de soulagement pour passer au paragraphe suivant et à la version fantasy-hollywoodienne où les Syriens tirent leurs missiles sol-air une fois l’attaque terminée.

On cite également le troisième paragraphe du passage qui signale que les S-400 russes avaient leurs radars activés, mais pas les missiles bien entendu, ce qui confirme la bonne entente de déconflictuation entre forces US et russes… (Satisfaction par conséquent, même si l’on se demande pourquoi, dans la logique du Général McKenzie, les Russes, qui ont tout de même suivi selon sa propre information de bout en bout les missiles US, n’ont pas averti les Syriens avant plutôt qu’après l’impact, pour qu’ils puissent au moins tirer-en-vain leurs 40 missiles avant la fin de l’attaque plutôt qu’après…) 

« On a beaucoup parlé de l’intensité des systèmes de défense aérienne en Syrie, une combinaison de systèmes de défense russes syriens et haut de gamme. Les médias russes, ainsi que les médias sociaux de la région, ont affirmé que 70% des armes de la coalition avaient été abattues par les défenses aériennes syriennes ou russes.

» Mais les systèmes russes n’ont pas tenté d’intercepter l’armement offensif [allié], et le système de défense aérienne syrien a tiré environ 40 missiles sol-air après que le dernier missile allié ait atteint sa cible, selon McKenzie. Dans l’ensemble, les systèmes de défense aérienne [syriens] étaient “remarquablement inefficaces dans tous les domaines“, a déclaré McKenzie.

» Toutefois, McKenzie a fait remarquer que les systèmes S-400 n’étaient pas éteints, qu’ils n’étaient simplement pas préparés au tir, laissant l’option d’utiliser leurs systèmes radar pour repérer les menaces entrantes mais les systèmes d’armes n’étant pas activés. Le fait que ces systèmes étaient ouverts mais non utilisés pourrait aussi être un signe que le système de déconflictuation entre les États-Unis et la Russie, qui servait à exhorter la Russie à ne pas aggraver la situation, a été efficace. »

De ces quelques extraits qui montrent qu’une guerre se déroule aujourd’hui essentiellement dans la communication même lorsqu’elle commence par une opération d’attaque dont certains craignaient qu’elle nous entraînât dans la Troisième Guerre Mondiale, nous conclurons par deux points rapidement relevés, que nous avons déjà abordés, que nous aborderons encore tant ils sont parmi les points centraux caractérisant l’opérationnalisation effrénée de l’actuelle Crise d’Effondrement du Système.

• Le premier de ces points de conclusion est la confirmation que la communication, du côté du Système, est de plus en plus soumise à des pressions terribles pour répandre des narrative complètement insupportables qui ne cessent d’affaiblir la psychologie des combattants  de la plume-2.0 écrasés sous le poids des mensonges et de leurs invraisemblances. On perçoit cela notamment dans le style et l’absence de structure des textes, privés de la logique de cause à effet par le côtoiement de l’invraisemblable et de la vérité-de-situation. L’exemple de Defense News nous paraît éclairant à cet égard, avec ces trois paragraphes sans liens de commentaires ni de logique entre eux, exactement comme peut faire une machine à traduction par exemple. Les scribouillards-2.0 de la presseSystème ne doivent pas rire tous les jours, impitoyablement ligotés dans les impératifs écrasants du déterminisme-narrativiste qui prend alors des allures de torture psychologique particulièrement raffinée ; il est logique, bien entendu, que ce soit les plus abrutis qui tiennent le plus longtemps, avec leur travail à mesure…

• Le second de ces points, qui est un élément nouveau, est le résultat de la bataille aérienne de cette nuit du vendredi-13. On comprend ainsi combien, aujourd’hui, tous les “fondamentaux” de la guerre, dans tous les domaines, sont constamment soumis à des révisions radicales. Des conceptions et des facteurs essentiels de l’American Way of War version postmoderne ont été confrontés à une fort-rude épreuve, qui annonce sans doute des changements radicaux dans les conceptions tactiques qu’affectionnent les américanistes, de la guerre “à distance” et sans risque pour écraser le quidam des pays agressés par des missiles tellement “intelligents” et “invisibles” qu’on les croirait postmodernes par déstructuration et dissolution. L’affaire est d’autant plus importante qu’elle s’inscrit dans une tendance, sinon même qu’elle confirme et installe une tendance très importante, après deux ou trois engagements de même type, où les missiles offensifs et autres drones de fortune se firent tailler des croupières. A suivre et, comme on dit-2.0, Stay Tuned.

DDE

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